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 Corneliu Dracul

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Corneliu Dracul

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Messages : 151
Date d'inscription : 11/12/2011

MessageSujet: Corneliu Dracul    Jeu 19 Avr - 11:16


NOM ET PRENOM





    Carte d'identité

    ♦Nom:
    ♦Nom: Dracul
    ♦Prénom(s): Corneliu
    ♦Surnom(s): Cel Inuman {Le cruel}
    ♦Âge: 26 ans
    ♦Groupe: Dracul
    ♦Lieu de résidence: Cluj Napoca


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    ♦Avis politique: Mes idées ? Comme tout un chacun pour le règne de la famille Dracul sur la Roumanie. Je partage également l’opinion de mes paires voivodats contre l’invasion de l’empire Ottoman. Car bien que nos buts divergent, ceci est un pot commun.
    Et, bien évidemment, régler de façon définitive le problème de la vermine hongroise et saxonne, en les boutant hors de la Transylvanie.

    ♦Spécificité(s): Mon plus grand secret, il est affiché sous vos yeux, gravé dans ma chair. Croyez-vous vous que ce que l’on vous a racontez à propos de mon père soit fondé ? Regardez donc cette cicatrice qui vous dit la vérité. J’ai le sang de mon prédécesseur sur les mains… Criez donc au parricide ! Ce n’est pas comme si cet homme était mon géniteur.
    J’avais fait état d’un secret ? Oh mais s’il y en avait qu’un le jeu serait moins amusant. Mais ça, si vous venez à l’apprendre, il se pourrait bien qu’aucun garde d’aucune ville ne puisse plus vous protéger. Enfin, chez les Draculs, les secrets sont toujours bien gardés. Alors, qui le saura ?

    ♦Infecté ? Pas pour le moment.


About Me


♦Caractère♦

Il faisait frais en cette matinée. Le soleil s’éveillait à peine derrière les montagnes, embrasant de couleur chatoyante le ciel chargé de nuage. S’il venait à pleuvoir, cela pourrait jouer en leur faveur, car ce terrain s’avérait être traitre et glissant par temps pluvieux. Une bonne aubaine lorsque l’on se trouve du bon côté de la colline. Une cuvette dans laquelle son ennemi ne pourrait que se retrouver noyé par ses soldats dans la boue et le sang.
Perché sur cette hauteur, se trouvait un puissant cavalier noir. Puissant de par son rang et son armée. Mais pour ajouter à cette marque imposante, l’homme montait un entier aussi noir que la nuit au port fier et digne. Beauté animal qu’était ce frison, toisant de son regard sombre ce futur champ de bataille, dont ses sabots fouleront bientôt un parterre de cadavre. Une vision étirant un sourire mauvais sur le visage de son maitre. Il s’imaginait déjà le bruit du fer, le sifflement des flèches noircissant le ciel pleuvant sur ses adversaires comme une nuée mortelle. Le son de l’arquebuse, les coups de canon lâchant la faucheuse d’une envolée violente et expéditive. Le tout rythmé par l’épée transperçant la chair, brisant les os, faisant couler le sang à flot, accompagné par des cris de douleurs. Une cacophonie sans nom ? Non… Une macabre mélodie menée jusqu’au grand final sans fausses notes. Il se délectait déjà du bruit misérable que lui offrirait les crânes broyés sous les sabots de son destrier.
Oh que oui il avait hâte, que tout cela débute, pour pouvoir rapporter cette victoire déjà écrire. Car il n’avait rien laissé au hasard, rien ne lui avait échappé. Le choix du terrain était soigneusement calculé. La déclivité, la nature du sol, l’exposition au vent… Tout avait été choisi par ses soins pour lui assurer de l’emporter. Levant la tête, le voïvode sourit. Un vent d’ouest leur ramenait des nuages noirs chargés de pluie. Parfait. Même le temps jouait en leur faveur.

Il lui tardait de conter cela à ses femmes au retour. Elles appréciaient toujours ces récits de guerre, surtout sa mère qu’il voyait jouir d’une joie non voilée, face à ce pouvoir qui s’étendait à ses pieds.
Or, celle à qui il affectionnait le plus de romancer ses actes guerriers était bien sa sœur, Violeta. Elle pour qui chaque détail sanglant la faisait pâlir. Ce vilain petit canard le faisait bien rire. Un coquelicot au milieu des roses c’est ce qu’elle était. Pour elle qu’il faisait suivre la voie de l’épée, dans un secret non caché, ce comportement lui semblait bien paradoxal. Et la faire pâlir était bien là une de ses occupations favorites, bien que le teint des cadavres ne soit pas une couleur sciant le plus à une femme. Oui, sa perversion n’avait aucune limite, même lorsqu’il s’agissait de sa famille.
Pouvait-on dire qu’il les aimait ? Lui-même n’en savait rien. Et puis, qu’est-ce que l’amour à part une chose qui vous rend faible ? Une chimie simple mais des sentiments bien trop complexes. Pour lui, l’amour est un plaisir qui ne se satisfait que dans la chaleur d’un lit. Il devait en avoir semé des bâtards dans le pays. S’en souciait-il ? Les avait-il reconnus ? Certainement pas. Corneliu était bien trop assis sur son pouvoir et comptait bien y rester aussi longtemps qu’il sera en vie. La question ne se posera que quand cela serait décidé. Ceci dit, il n’était pas non plus complètement indifférent à ses trois femmes. Au contraire, elles étaient une partie de son sang, il se devait de les protéger. Bien qu’il le montrait de façon étrange.

Un rugissement fit sortir le cavalier de sa torpeur, échappant un hennissement nerveux à sa monture. Non loin, un orage éclatait, zébrant le ciel d’encre de la puissance de sa foudre. Si le vent venait à tourner, il ne tarderait pas à venir sur eux. Ce que ne manqua pas de lui faire remarquer son capitaine, ainsi que la dangerosité d’y exposer ses hommes.
- « Me suggérez-vous d’abandonner ma position et de laisser passer la victoire pour un simple orage ? Sans doute devrais-je vous faire couper la langue pour vous punir de cette impertinence. Ou bien cette chose frétillante perdue entre vos jambes afin de vous faire passer l’envie de me tenir tête. » Siffla-t-il d’un ton irrité à l’intention de l’homme.
Oui il s’emportait vite, et de façon violente. Ce manque de maitrise était peut être là son plus grand défaut. Mais se mettre en travers de sa route pour l’empêcher de récupérer du territoire était une chose à ne pas faire. En contrebas, dans le bois, un éclat attira son attention. Visiblement le soldat mis aux ordres du peloton de détachement avait réussi à capter quelque rayon de soleil, pour leur envoyer le signal. L’ennemi était là, trop tard pour reculer. La chasse pouvait commencer.

La stratégie était des plus simples. A la manière des parties de battus il suffisait à ses hommes de les rabattre dans la cuvette pour les massacrer. Dans cette bataille aucun prisonnier ne sera fait. Seuls les cadavres demeureront en témoignage de la violence du combat. Un combat ? Non… une boucherie. Cruelle et bestiale à laquelle le voïvode de Transylvanie n’avait aucune honte ni aucun remord à se livrer. Car ce n’était pas une bataille mais un message. Un message pour le chef de ses ennemis : son pouvoir ne connaitra aucune limite et quiconque se mettra en travers de sa route – alliés, ennemis, envahisseurs – subira son courroux. Il n’existe aucune frontière à son vice…


♦Physique♦

Le soir venait de s’installer sur la forêt et ses collines l’entourant, apportant avec lui la fraicheur de la nuit. La pluie tombant drue martelait sur les toiles comme le son de mille tambour, trempant jusqu’aux os quiconque avait l’audace de s’aventure à l’extérieur, où le sol détrempé transformait la terre en une gadoue glissante et traitresse. A travers le son de l’averse, on pouvait discerner le cliquetis des armures de l’armée Dracul. Dehors, les hommes comptaient leurs morts parmi les cadavres ennemis et ramassaient les blessés. Cependant, la stratégie du voïvode semblait avoir été payante, car les pertes au sein des soldats transylvaniens étaient moindres.
Le sol se trouvait joncher de trépassés et rouge de leur sang, tel un lac sanglant balayé par l’ondée. Une véritable boucherie. Et au milieu de tout ça, Corneliu demeurait interdit, un large sourire figé sur ses traits. A travers son casque, ses yeux noirs pétillaient encore de l’excitation du combat, observant avec une joie sans égal les actions de ses hommes. Face à cette exposition funèbre de la mort, Mândru De restait incroyablement calme. Comme si l’eau ruisselant sur la robe l’apaisait. Cette brave bête en avait battu des campagnes et l’homme était persuadé qu’aussi longtemps qu’ils resteraient ensemble, la victoire lui serait assuré. Appelant son capitaine, le cavalier noir distribua quelques ordres. Il ne servait à rien qu’ils restent ici plus longtemps, car ils finiraient par rouiller avec cette pluie. Flattant l’encolure de sa monture, il donna un léger coup de bassin pour le faire avancer et quitta le lieu du carnage, sous les craquements d’os écrasés par les sabots du frison.
Arrivé à sa tente, Corneliu confia l’étalon à son écuyer puis le congédia. Ce soir il se débrouillerait seul pour se dévêtir. L’homme resta un instant immobile à l’écoute du temps et du campement. Du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, il toisait l’espace. Bien qu’il fût seul sous cet abris, c’était tout comme. Il savourait sa victoire.
Passant une main à sa ceinture, l’homme commença à sa défaire en ôtant sa fidèle amie. Cel car învige, ainsi se nommait-elle cette amante portant le rouge de ces ennemis. Celle qui le suivra partout même dans la mort. L’adossant au râtelier, il décida qu’il s’en occuperait plus tard. Retirant ses lourds gantelets, il les jeta négligemment sur le drap étalé par terre. Les autres pièces d’armure subiraient le même sort, son écuyer s’acquittera de sa tâche plus tard. Soulevant son casque, Corneliu se délecta de l’air frais lui caressant enfin le visage. Une figure ovale aux traits fin et peu marqués. Tant et si bien que certains se sont déjà fourvoyés en le prenant pour une femme lors de mondanité. Erreur se soldant souvent par un retour de lame. Car s’il y avait bien une chose qu’il détestait, c’était qu’on le prenne pour tel. Or, ce visage angélique – à la mâchoire quelque peu prononcé - pouvait s’avérer être un atout, lui permettant de cacher aisément son jeu. Ce qui semblait bien paradoxal, tandis qu’il arborait son secret à la face du monde. Cette cicatrice lui barrant le fascié de l’œil gauche à la joue droite. Dernier souvenir lui rappelant son prédécesseur chaque fois que son regard fin croisait un miroir.
L’homme retira ensuite son camaille et secoua la tête pour libérer les mèches de cheveux, collées sur son crâne par l’eau et la sueur, qui retombèrent lourdement à la naissance de ses lèvres amincies. Lâchant la maille dans le casque, il les fit rejoindre les gantelets d’un geste désinvolte.
Doucement, une main se faufila derrière sa tête - les doigts quelque peu engourdis par l’effort du combat - il ôta le lacet enserrant son chignon et déroula la tresse retenant ses cheveux blond, les faisant cascader jusqu’à la chute de ses reins. Au moins ceux-ci ne serait pas à démêler, pensa-t-il en passant les doigts dans sa chevelure, sans y rencontrer un nœud.
Le plus dur à présent était d’enlever ces maudites plaques. Se plaçant sur le drap, il défi les sangles une à une, sentant l’étreinte de l’armure se relâcher un peu plus. Le gorgeront tomba, suivit des spalières et du plastron. A chaque attache ôtée, la carapace de métal s’effondrait comme un château de carte, révélant la lourde cotte de maille qu’il lui dardait de retirer. Se penchant en avant, il se secoua comme un chien mouillé pour la faire glisser au sol. Cependant, chaque secousse lui était un supplice. Sans doute l’avait-il un peu trop négligée... En se redressant, Corneliu fut soudainement pris d’un vertige. Jetant un coup d’œil à sa dextre, il ne put que remarquer que son gambison, masquant un corps à la silhouette élancée, épongeait goulûment le sang échappé de son épaule.

Le liquide vermeil coulait sur sa peau clair, jurant presque avec cette blancheur, tandis que le guérisseur s’employait à le recoudre. Il paraissait frêle et fragile ainsi à demi-nu, les braies couvertes de sang qui n’était pas le siens. Et pourtant, la musculature soulignée par les sillons sanglant démontrait le contraire. Le prince de Transylvanie était un homme de pouvoir certes, mais aussi et surtout un homme de terrain. Les batailles il les préparait, mais il menait également. Et ceux, toujours au cœur de l’action. Car là résidait bien son seul honneur : celui de regarder la mort en face, de lui cracher au visage en lui disant « pas maintenant » et de prendre la vie de ses ennemis de ses propres mains. C’est ainsi qu’il conservait sa force et son endurance, n’en faisant pas moins de lui un redoutable adversaire. Mais cela lui valait également de récolter nombreuses cicatrices, zébrant son corps en de nombreux endroits.
Observant son écuyer du coin de l’œil, attelé à sa tâche sur l’armure, Corneliu congédia le guérisseur, quand il eut finit, pour se laisser choir dans sa couche. Demain ils repartiraient à l’aube en direction de Cluj Napoca.


♦Histoire♦


Tic… Tac… Tic… Tac…
Compte les heures…
Tic… Tac … Tic…
Compte les jours
Tac… Tic …
Compte le temps qui passe
Tac…
qui s’amenuise
Tic…
et qui trépasse…
Tac…

Le regard perdu par-delà le vitrage froid, comme cette pluie qui battait au dehors, Ruxandra Dracul comptait le temps. Une main posée sur ce ventre qui s’arrondissait à mesure des semaines, l’autre caressant l’étoffe le recouvrant d’une façon maternelle. Un sourire était accroché à son visage. Ce n’était pas là le sourire d’une femme qui allait être mère. Non. Elle jubilait. Dans son redoutable esprit, la roue du destin se mettait en marche, entrant en scène ce petit être qui n’avait point encore vue le jour. En silence elle complotait, contre ce mari qu’elle haïssait tant.
La mort de leur premier enfant avait rendu Vincent inconsolable et fou de colère. Bien que la chose soit, hélas, souvent de mise, accouché un futur héritier mort-né fut pour lui un acte impardonnable. Mais s’il connaissait le secret qui résidait dans son ventre, le secret de ce fils, il ne s’en remettrait certainement pas. Oui, Ruxandra savait que ce sera un garçon. Son garçon.
Un léger rire monta de sa gorge en repensant à cette folle nuit d’amour qu’elle lui avait fait passer. Les hommes sont bien trop aveugles quand on leur permet de faire jouir leur vit. Y avait-elle prit du plaisir ? Certainement pas. Les autres étalons qu’elle fréquentait étaient bien plus habiles dans l’art du plaisir sauvage. A en faire pâlir les Pêcheurs. Le plus habile de tous fut son cousin. Assez fort et vigoureux pour lui donner un mâle, qu’elle pouvait sentir vivre à chaque instant. A l’inverse de ce puceau inexpérimenté dont la semence non lui donnerait certainement que des filles, fragiles et insignifiantes.
Un bâtard c’est ce qu’elle allait lui servir. Or, un bâtard qui serait être meilleur que lui. Une marionnette entre ses mains de fée.

Ruxandra caressa de nouveau son ventre, fredonnant un air léger. La vérité de sa naissance sera leur secret à tous les deux.


***********

- « Corneliu ! Où vous cachez vous encore petit diable ?! Appela une domestique, hors d’haleine d’avoir couru aux quatre vents à la recherche de ce polisson.
C’est qu’il avait le don pour faire tourner les gens en bourrique et que cela l’amusait le garnement.
Monsieur Corneliu ! De grâce votre mère vous fait appelez ! » Dit-elle en déambulant entre les rangers impressionnante de livre qui composait la bibliothèque. Par l’enfer ! Ne cassa-t-elle de blasphémer, tandis qu’à chacune de ces pensées elle demandait pardon à Dieu. A à peine cinq ans il se trouvait déjà être fin stratège pour dénicher moultes cachettes dont lui seul connaissait le secret. Impossible de l’y trouver à moins qu’il ne se manifeste. Et cela, il ne fallait pas trop compter dessus. L’enseignement que sa mère lui inculquait était peut-être encore top mature pour son jeune âge.
Lui conter les récits guerriers, détaillant comment son ancêtre fut rentré à chaque fois victorieux grâce à son étude du terrain…
- « On voit bien que ce n’est pas elle qui doit le chercher dans toute la demeure. C’est ridicule. » Soupira la jeune femme en s’asseyant quelques instant sur une chaise, placée sous la fenêtre. Les rayons du soleil filtrant par les carreaux amenaient dans la pièce une douce chaleur, presque apaisante, réchauffant son dos courbé par l’épuisement. Un silence pesant régnait dans le lieu, comme si un manteau neigeux venait de se poser sur eux telle une cloche verre.
- « L’enseignement de ma mère n’est pas ridicule ! S’indigna une petite voix fluette surgissant de nulle part, arrachant un cri de stupeur à la domestique.
- Allez-vous donc cessez de venir du néant comme un revenant ? Cela fait une heure que votre mère vous attend. » Et cela allait encore être de sa faute.

Aujourd’hui, ce serait leçon de danse. Car sa mère le lui avait assez répété comme cela, de son port sûr et autoritaire, mais ô combien maternelle :
- « Corneliu, une guerre ne se gagne pas uniquement par la pointe de l’épée. Elle peut se mener également par les mots. Tu connais la force des mots ? Parfois un seul suffit pour déclencher un conflit. Mais elle peut aussi se faire d’un simple regard : l’étude de l’ennemi. Le tempérament d’une personne peut se révéler par de nombreuse chose. La danse est une des plus probantes.
Le garçon était accroché à ses lèvres. Buvant chaque parole, assimilant chaque mouvement illustrant avec grâce ses propos.
Comprends-tu ? La danse est moment intime que l’on partage. Un moment de faiblesse où l’on voit chaque faille. Un tempérament timide, aventureux, grossier, vicieux… Là une vieille blessure qui le fait encore souffrir, un pas boiteux, une infirmité. Le masque tombe, l’homme se révèle. Comprends-tu ? »
Le garçon comprenait parfaitement. Il s’empreignait de tout ce que lui apprenait sa génitrice aussi que du coton absorbe l’eau. L’art de la guerre et du complot, aussi subtile soit-il, c’est ce qu’elle lui apprenait, tout en appréciant la si proche compagnie de ce jeune maitre à danser. Oui, elle folâtrait en présence de son fils et ne s’en cachait pas. Ruxandra aimait les hommes et il était bien trop jeune pour comprendre.

Corneliu se trouvait toujours en compagnie de la jeune femme. Il lui était toujours rare de voir son père, or son absence ne semblait pas l’en affecter outre mesure. Elle le disait trop occupé avec son Sfat, à la chasse ou à la guerre, pour se soucier de lui. Un jour elle lui confia même : «Il m’en a tellement voulu lorsque j’ai perdu notre premier né, que je lui ait mandé ton éducation exclusive pour me racheter. A dire vrai, tu n’es qu’un héritier pour lui. Mais il compte faire de toi un soldat de sa garde personnelle. Etre un simple laquais pour un prince… J’ose espérer que ses convictions changeront. »
Et qu’est ce qui pouvait faire changer de telles pensées ? Sans doute cette petite chose qui pointait sous son nombril.


La venue, de celle que sa mère avait pressentit être une petite sœur, mit la demeure en émoi. Pas moins de six ans après le premier né, des rumeurs circulaient vaille que vaille que la froideur de la reine ferait mourir la graine aussitôt l’assaut donné. Une sècheresse bonne pour les mort-nés. Et pourtant, ce ventre à la rondeur fertile de vie achevait de faire taire ces intrigants.
Les cris de la jeune femme perçaient la nuit, aussi déchirant que ne l’était son corps offrant la vie. Corneliu avait voulu être présent, surmontant la douleur et le regard de son père. Cet homme qui n’avait foi qu’en sa couronne. Aux côtés de sa génitrice, le garçon ne lâcha pas cette main brulante et blanchit par les contactions, bien que celle-ci lui broyait les os. Le médecin, la tête plongée dans l’antre, ne cessait de tonitruer pour couvrir les hurlements, sous les regards inquiets des deux sages-femmes qui l’accompagnaient. L’enfant pouvait le voir à leur visage contrit que quelque chose n’allait pas. Doucement, l’étau se desserrait tandis qu’un silence tombait sur l’assistance comme une chape de plomb. L’homme se redressa lentement, tenant en son sein ce qui ressemblait à une boule de chaire couverte de sang. Puis soudain, il brisa cette pesante quiétude en ordonnant à tout le monde de sortir. La gouvernante dû arracher l’enfant au lit pour le forcer à les suivre.

Durant des jours, Corneliu demeura muré dans le noir et le silence de cette pièce aux vitres obstruées et à la lumière feutrée. Penché sur le berceau dans une expression muette, il veillait sur cette fine fleur qui sommeillait. Ses traits doux et paisibles étaient de ceux bercés par un beau rêve. « A quoi peux-tu rêver petite sœur ? Toi que l’on croyait morte… ». Songea-t-il alors qu’il demeurait aussi figé qu’une statue intimé par le vœu de silence.
Depuis la naissance de sa petite sœur, le garçon ne l’avait pas quitté un instant, car dès la première seconde où il la vit, il n’eut plus de nouvelles de sa mère. Et si elle avait dû sacrifier son existence pour lui offrir la sienne, cette petite Violetta serait son seul souvenir de l’être aimé. Mais plus il la regardait, plus il se rendait compte qu’elle ressemblait à père. Bien qu’elle n’ait que quelques jours, il le remarquait. La gamine avait ses traits et sur son crane commençait à poindre un duvet noir.
Pendant le court début de son existence, Corneliu avait longuement eu le loisir de détailler les portraits de ses ancêtres. Point de blond… Jamais il n’en vit un. C’était l’évidence même. Et si lui à son âge s’en était aperçu, qui d’autre avait pu le constater ? Alors que sa conscience réclamait une réponse, comme un souhait exaucé, des bruits de pas familier se firent entendre dans la pièce. Ô oui il aurait souhaité sentir la chaleur de ses bras, seulement l’évidence était plus forte et les mots dépassèrent sa pensée. Sans lâcher sa sœur du regard il fut bien plus froid qu’il ne l’aurait espéré :
- « Je ne suis pas son fils… »
Ruxandra, encore affaiblit par son alitement, reçu cette réplique comme un coup de poing dans l’estomac. « Pourquoi dis-tu une chose pareil ? » S’enquit-elle en s’avançant cahin caha dans la pièce. Le garçon n’eut nul besoin de piper mot. Seul le regard qu’il lui lança suffit à faire comprendre qu’il ne servait de faire comme s’il n’en était rien. S’appuyant au meuble, la jeune femme laissa échapper un soupir. Visiblement elle élevait son fils dans la bonne voie. Mais il serait regrettable que cela finisse par se retourner contre elle.
- « En effet, Vincent n’est pas ton père. Avoua-t-elle après avoir vérifié que personne ne se trouvait dans les environs. Mais quelle différence cela fait ? Il bien plus incapable d’offrir un héritier à la Transylvanie que de s’apercevoir que tu n’es pas de son sang. La faiblesse, c’est ce qui régit son être.
Sa mère n’avait pas réellement tort. Après tout, qu’est-ce que cela pouvait bien faire qu’il ne soit pas légitime de cet homme qui se jouait de lui ? Un bâtard ! Ça lui faisait bien une belle jambe. Lentement, sa mère s’approcha de lui et lui attrapa le menton avec toute la douceur maternelle qui lui était dû.
Mais bien sûr, cela restera notre petit secret, mon fils. Il va de soi que ce n’est guère dans notre intérêt si la chose s’ébruite. »
A ces mots, le garçon se contenta d’opiner du chef, sans lâcher la femme du regard. Il était clair que l’enjeu pour eux en devenait trop grand. La brune se redressa, un sourire satisfait étirant ses lèvres carmin. « Bien. Sache juste que tu n’en reste pas moins un Dracul de sang ! Pour l’heure, dit-elle en déposant un regard dépourvu d’intérêt sur sa fille, j’ose espérer que cette petite chose survivra. Il me déplairait d’avoir failli mourir pour mettre au monde la faiblesse née ». Sur ces paroles, elle tourna les talons pour regagner ses appartements avec pour seul recommandation envers son fils : aller se reposer.


Le choc des lames était retentissant dans la cour en ce début de matinée, et offrait aux rares dormeurs, encore tributaires de leur couche, un réveil des plus rude. Perché au balcon, les pieds battant le vide, Corneliu observait d’un œil concentré les combattants en lice : deux écuyers aspirant aux couleurs de la chevalerie. Fort de s’entrainer, ils n’en seraient pas moins dans le brun si leur maitre respectif venaient à apprendre que c’était avec leurs armes qu’ils se battaient gauchement. Ce fut bien cette perspective qui étirait les lèvres de l’adolescent en un sourire mauvais. Que seraient-ils donc prêt à faire, ou à donner, pour que cela ne se sache pas ? D’autant qu’un entrainement au fer n’était pas la chose la plus discrète qui soit. Le gamin connaissait bien les chevaliers dont il était question, de par son maitre d’arme. En réalité, il connaissait à peu près tout le monde et savait comment les faire danser, ce qui faisait de ce simple prince de treize ans un garçon redoutable. Redoutable et redouté, avec ses jeux mesquins dont il lui plaisait de faire participer quiconque croisait son chemin, à son insu. Certain disait que ce fut l’arrivée de la petite Camilla – il y a trois ans - qui affirma son caractère. Encore une fille, lui qui aurait voulu pouvoir jouer avec un petit frère… Mais à bien y réfléchir, un garçon, lui légitime de Vincent Dracul, aurait été un obstacle de taille à la succession du trône si sa bâtardise venait à se savoir. Au final, il s’en était bien accommodé. Surtout que la petite avait l’air en tout point différente de sa sœur ainée : un véritable petit diable. Se lassant à sa rêverie de ce que deviendrait ses sœurs plus tard, Corneliu reporta son attention sur la lice. Lui aussi voulait jouer. Les regarder se débattre l’ennuyait, mais il y avait également la perspective de la promesse de père qui le poussait à se mêler aux petites gens. « Je te ferais forger une nouvelle lame. La meilleure qui soit ! Tu la nommeras et elle deviendra ton bras, ton âme, l’amante qui te tiendra chaud les nuits de campagne et surtout ta vie. C’est elle qui t’accompagnera jusque dans la mort. Mais pour cela, il faudrait que tu sois le meilleur » . Ces paroles l’avaient fait rire intérieurement. Et qu’en était-il de la succession au trône ? Pas une seule mention. Mère avait bien raison… Un simple soldat c’est ce qu’il voulait faire de lui, pas un voïvode. Stupide homme égoïste.
A cet instant, il aurait pu lui cracher au visage tout ce qu’il avait sur le cœur à son égard et décliner son offre. Mais le blond n’était pas ainsi. Il s’était contenté de sourire, comme un garçon émerveillé et plein de gratitude. Après tout, allait-il ainsi cracher sur une lame de qualité ? Aucunement. Un comédien c’est qu’il était dans ce théâtre qu’est la vie. Et il s’en amusait grandement !
Agrippant le rebord du balcon – sur lequel il était toujours assis – il pivota sur la pierre et, se mettant en équilibre sur les mains, projeta ses pieds en avant pour se laisser retomber un peu plus loin sur les dalles. Effectuant quelques pas agiles, son épée sans nom battant le côté de sa cuisse, il s’élança, tel un chat, vers les escaliers menant à la cour. Sautant d’un coup les dernières marches, le gamin pénétra dans la place au moment où un des écuyers finit par terrasser son adversaire. Joignant ses mains, Corneliu resta quelques instants interdit avant de les applaudirent. Les deux adolescents le regardèrent d’un air surpris, avec une once d’interrogation et une pointe subtile de colère. Un regard comme il les aimait.
- « Inutile de me regarder ainsi, je ne fais que souligner votre exploit. Luna demeurera toujours une redoutable adversaire. Vanta-t-il en observant d’un œil fasciné l’épée au métal blanc, que l’écuyer toujours debout tenait entre ses mains. Celui qui la manie ressort toujours victorieux. Et c’est bien pour cela que ton maitre n’a jamais connu la défaite ! »
Le blond put lire du reproche dans les yeux de celui resté au sol, repoussant la main tendu de son camarade, comme s’il l’accusait d’avoir triché. Cependant, comment l’aurait-il put avec des passes d’arme aussi minable ? Non, la blanche Luna n’était nullement dotée de magie, permettant à son possesseur de terrasser tous ses ennemis. Son propriétaire était seulement un des meilleurs bretteurs que les Dracul pouvaient compter. Un parmi d’autres Ser d’exception. Néanmoins, il put tout de même voir un certain sentiment de puissance se dessiner sur le visage du vainqueur, bien qu’il tenta de ne rien laisser paraitre.
- « Et qu’en sais-tu toi demi portion ?! L’interpella le plus grand, fort de son nouveau pouvoir.
Son interlocuteur se contenta d’hausser les épaules. « Moi je ne suis qu’un simple garçon de la promotion de Ser Silviu Moldavan, qu’est-ce que je peux bien en savoir en effet ? ». Le regard du garçon s’illumina à l’évocation de ce nom. Ah, Ser Silviu Moldavan était aussi un homme d’exception, dont tous ceux suivant la voie de l’épée rêvaient d’être enseigné sous son joug.
- Tu es un élève de Ser Silviu Moldavan ? S’étonna le deuxième qui n’avait pipé mot jusque-là. Alors tu dois être sacrément bon.
Nouveau haussement d’épaule : Bof…
- Ne fais pas le modeste,
s’impatienta le plus grand, tu es l’élève de Ser Silviu Moldavan, tu as une épée, tu dois savoir t’en servir. Une petite passe contre Luna ? »
« Rira bien qui rira le dernier… »
Un sourire mauvais étira les lèvres du prince, masqué dans une fausse joie. « Un théâtre… » L’invitation l’enchantait et il n’allait pas se faire prier. Après tout, n’était-ce pas là son but ? Lui faire ravaler ce sourire suffisant que ses maigres capacités ne lui permettait pas d’arborer. Corneliu détestait les gens qui se croient au-dessus de tous alors qu’ils ne valent pas un pélot. Or ça, il mettait un point d’honneur à le lui faire comprendre.
Il sembla que faire exprès de perdre était une tâche bien plus compliqué, que de gagner par le sadisme de l’humiliation. Alors qu’il voyait le fer glisser sous sa gorge, brisant cette garde trop basse, il put lire dans les yeux de son adversaire ce sentiment de puissance qu’il cherchait. « C’est donc tout ce que valent les élèves de Ser Silviu Moldavan ? » . Mépris, dégout, suffisance… Voilà. Tous les ingrédients étaient réunis pour abattre sa sentence. « Penses-tu réellement que tu pourrais rentrer dans les rangs du Ser parce que je t’ais laissé me battre ? Caresse bien ce doux rêve, il ne sera pas long…
- Luna est toujours invaincu.
Souligna le gamin avec un sourire en repoussant doucement le fer à la fin de cet assaut. Tu es digne de Ser Darius Walkil.
- Qui est digne de moi ? »
Intervint une voix surgissant derrière eux, dont le lourd son de ses bottes était rythmé par le cliquetis de ses éperons. Ser Darius Walkil, un homme grand, de forte stature, dont les cheveux bruns brillaient de reflet acajou au soleil, allant de pair avec ses yeux de braise, qui tombèrent avec lourdeur sur sa lame. « Alors comme ça on s’amuse avec Luna. Dit-il de son ton autoritaire, mais qu’il se voulait, en cet instant, un brin paternel. Elle te plait cette lame mon garçon ? Elle est faite pour les guerriers. Montre-moi donc comment tu la caresse » . A ces mots, il tendit une main vers Corneliu pour lui réclamer son arme. Contre toute attente, l’écuyer se mit en garde face à son maitre, enorgueillit par ce faux pouvoir placé entre ses mains. Le pauvre garçon pensait pouvoir gagner le Ser. Erreur…
En moins de deux minutes, l’homme lui fit mordre la poussière. Ses coups avaient été si puissants, qu’il crut bien que son arme allait voler en éclat. Luna ne possédait aucun pouvoir, seul son propriétaire possédait le talent d’être un fin bretteur. Ensemble ils étaient vainqueurs. Seule… ce n’était qu’une épée forgée par un maitre. Le gamin lança un regard noir au chevalier. Le genre de regard que celui-ci n’appréciait guère, surtout lorsque l’on ne savait pas perdre.
- « A quoi pensais-tu, stupide gamin ?! Tonna-t-il en l’attrapant par le col. Parce que le prince t’a laissé gagner tu t’imagines pouvoir me vaincre ? avec ma propre lame ! Il est certainement le meilleur élève de Ser Silviu Moldavan, et aura bientôt sa propre épée alors que toi tu seras encore à torcher le cul des vaches ! D’un geste vif, le soldat empoigna la garde de la blanche et couchant l’écuyer sur sa jambe, il lui appliqua un grand coup sur les fesses du plat de son épée. Un sourire émerveillé étira les lèvres du blond qu’il masqua derrière sa main, faisant semblant d’avoir mal pour lui.
Et maintenant tu vas t’en quérir de t’occuper de mon armure et des chevaux. La prochaine fois que vous aurez l’audace d’empoigner nos dames, je vous ferais nettoyer le fil avec votre langue, après que je les ais aiguisées sur vos dents ! » Acheva-t-il en ponctuant chacun de ses mots par un coup. Relâchant son écuyer, il envoya le deuxième à sa suite en lui appliqua la même correction, jusqu’à ce qu’ils aient disparue en courant vers les écuries. Plongeant Luna dans son fourreau, le Ser revint vers le garçon qui le regardait d’un air interdit.
- « Que diable leur avez-vous raconté ?
- Rien du tout. Répondit le garçon impassible. J’ai juste vanté vos mérites et ils l’ont… mal interprété ?
Le chevalier posa sur lui un regard dans lequel il pouvait lire de l’exaspération face à ses sadiques facéties. Mais aussi de la peur…
- Je vois… Cependant, votre maitre vous fait chercher pour la leçon, et vous savez à quel point il n’aime pas qu’on le fasse attendre. » Acheva-t-il en lui tendant son arme, dont le garçon se saisit en hochant la tête pour le remercier. Tournant les talons, il traversa la cour en sens inverse, un large sourire étirant ses lèvres. Cet écuyer l’avait bien digéré sa diatribe, il avait pu voir la honte suinter de son front et le suivre dans son sillage. Celle-là, il ne l’avait pas volé et ne s’en vanterait pas. Une bonne leçon à retenir : on ne joue pas avec les armes dont on ne sait pas se servir. Gambadant d’un pas léger, le garçon disparu entre les colonnes, sa longue chevelure volant derrière lui. Les gens sont tellement facilement manipulables lorsque l’on touche à leur intimité, c’était un jeu vraiment trop simple.
A la fenêtre, Ruxandra n’avait pas perdu une miette du spectacle. Un sourire satisfait figeait ses traits, ses yeux suivant son fils jusqu’à ce qu’il se dérobe à sa vue. Son enseignement portait ses fruits, la violence du jeune homme s’exprimant aussi bien par ses actes que par ses mots. Des paroles venimeuses… Dans peu de temps, il serait fin prêt pour ceux à quoi elle le destinait depuis le premier jour où elle l’avait senti bougé dans son ventre. Détournant son regard de la vitre, la mère poursuivit son chemin pour rejoindre ses filles, qui étudiaient dans l’autre pièce.



Dernière édition par Corneliu Dracul le Ven 27 Juil - 8:28, édité 1 fois
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Corneliu Dracul

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MessageSujet: Re: Corneliu Dracul    Jeu 26 Juil - 12:14




Pare, pointe, vire et volte. Supine, allonge et frappe ! Mouline, couronne et enlevé au pale ! Chaque jour l’entrainement devenait plus dur et plus intense. La durée : toujours la même. C’est bien ainsi que Ser Silviu éliminait ses recrues. La sélection naturelle qu’il disait ! Etant un des meilleurs parmi les meilleurs, il se devait d’instruire et de former les meilleurs des meilleurs. Les jeunes aspirants évincés de la promotion Moldavan étaient ensuite confié à d’autre confrère selon leurs capacités. Et ils n’étaient plus très nombreux à compter dans les rangs de l’illustre chevalier. Campé au milieu de la mêlée, il dominait la cour de toute sa hauteur, son épée noire comme la nuit plantée dans le sol.
De nombreuses rumeurs circulaient à propos de cette lame, comme quoi le Ser aurait occis tant de soldat sur les champs de bataille que le fer en serait devenu noir de leur sang. Ca care încălcat mincat tău sânge, ainsi la nommait-il pour faire perdurer le mythe. Mais elle s’appelait simplement Negru Noapte. Ses yeux bleus océans balayaient l’assistance, repoussant d’un souffle cette mèche claire indisciplinée, tendant à lui chatouiller les narines au grès du vent. Imperturbable, l’homme était à la recherche du moindre faux pas, la moindre erreur. Tournant comme une girouette, son regard perçant ne laissait rien échapper et ça, tout le monde le savait.
Parmi les apprentis, perché du haut de ses dix-sept printemps, la tête blonde tentait de ne pas ployer sous les offensives de ce colosse qui lui servait d’adversaire. A quinze ans à peine, ce garçon dépassait de loin les un mètre quatre-vingt et avait la stature d’un char d’assaut. Celui-là, Corneliu n’avait aucune envie de l’avoir comme ennemis sur un champ de bataille quand il sera plus vieux. Il n’osait même pas imaginer ce que ce spécimen deviendrait à son âge. Pour l’heure, tout ce qui lui importait fut de ne pas se faire fracasser le crane – malgré le casque – ou que son arme ne vienne à voler en éclat tellement ses coups étaient puissant. Le brun décrivait de grand moulinet devant lui, ne cessant de manipuler son arme et de feinter. Sa stratégie était bien d’éloigner le garçon afin de l’empêcher de pénétrer sa garde, alors que son allonge lui permettait de l’atteindre à tout moment. Cette technique lui avait valu une entaille à l’épaule qui eut pour seul effet d’éveiller encore plus ses sens. L’exercice avait débuté il y a deux minutes et le but restait de mettre son adversaire hors-jeu le plus rapidement possible. Et Corneliu n’avait pas l’intention de rester sur la touche. Car il était peut-être le prince héritier, Ser Silviu traitait tout le monde à la même enseigne. Jetant un rapide coup d’œil en senestre, il s’aperçu qu’un de ses camarades n’allait pas tarder à mordre la poussière. C’était le moment de frapper. Parant de justesse un couronné qui manquant le renverser, il eut juste le temps de sauter par-dessus la lame qui l’aurait estropié. Parce qu’en plus d’être puissant, il était rapide le bougre ! Mais il n’avait pas dit son dernier mot. Dans une tentative de briser sa garde, le colosse le repoussa comme il fallait s’y attendre. Le blond encaissa et recula, lui offrant délibérément une ouverture pour lancer une estoque. Son adversaire mordit à l’hameçon. Chargeant comme un bœuf l’épée en avant, le farceur l’esquiva au dernier moment. Décrivant une volte de côté, il couronna son arme et frappa d’un grand coup de garde le casque de l’opposant. Suivant sa course, il frappa au flanc laissant glisser la lame qui entama son gambison et volta de nouveau pour passer dans son dos et frapper son échine du plat de l’arme. Se servant seulement de la force brute du garçon, en suivant sa course, il parvint sans effort à l’envoyer choir dans les jambes de ses frères d’arme qu’il avait repéré quelques secondes plutôt. Tombant comme un château de carte, ils entrainèrent au moins cinq autres garçon dans leur chute. Un léger nuage de poussière s’éleva au-dessus de lice d’où s’échappait une flopé de juron. « Tu l’as fait exprès ! » S’exclama un grand à la peau basané en s’extirpant du tas. Remonté jusqu’aux oreilles, il repoussa la main que son frère lui tendit. Corneliu haussa les épaules, un sourire mauvais commençant à étirer ses lèvres « Ma foie, c’est le jeu. Il est vrai que j’ai fait un beau score ! » Il savait que son exclamation lui attirerait les foudres de Dimitriu, mais il s’en moquait bien. Après tout, il avait suivi les consignes et s’en trouvait plus rapide que lui. Le venin jaillit de la bouche du garçon s’apprêtant à lui sauter à la gorge.
- « Il suffit !
L’ordre fut bref et posé sans aucune agressivité. Seul un mot du maitre suffisait remettre ordre et discipline parmi les rangs.
Vous êtes des soldats non ? Pas des femelles se battant pour un bout d’étoffe ! Etes-vous des gamines dépourvues de virilité ?
- Non Ser ! » Répondirent les élèves d’une voix.
Intimidation et humiliation. Voici les maitres mots des chevaliers pour faire réagir leurs élèves. Mais il fallait dire que cela fonctionnait plutôt bien. Une fois tous ses camarades remis sur pied, Corneliu s’efforça d’effacer le sourire qui figeait son visage, afin de ne pas s’attirer les foudres du maitre. Le silence était pesant dans la cour. Tous attendaient que le couperet tombe. Car à chaque instant ils pouvaient se faire remercier. L’homme prit bien son temps pour les observer un à un, faisant monter la tension en chacun d’eux.
- « Je suis déçu. Commença-t-il, s’amusant légèrement de la peur qu’il voyait passer furtivement dans leur regard. Certain n’ont pas retenue la leçon. Tout d’abord, les entrainements ne sont pas un jeu. Nous ne sommes pas là « pour faire un beau score ». Souligna l’homme en regardant le prince droit dans les yeux. Mais il fut contraint de s’arrêter dans son discours. En effet, le son de plusieurs bottes martelant le sol en cadence, lui indiqua que ce n’était pas n’importe quel quidam qui approchait de son cour. Effectivement, Vincent Dracul ne tarda pas à faire son apparition, flanqué de son escorte personnelle.
- « Je vous en prie Ser Silviu, ne faites pas attention à moi. Poursuivez… » Dit-il d’un geste de la main, balayant l’assistance pour les intimer à se relever.
- Je disais donc, poursuivit alors le soldat comme s’il n’avait point été interrompu, le nombre d’adversaire emporté par une simple farce importe peu. Seulement, je dois souligner que Vincent à commit une belle erreur. Ta stratégie était bien trouver pour éloigner ton adversaire. Mais foncer tête baissé comme un bœuf… N’as-tu rien retenu ? Notre force est aussi notre faiblesse, surtout lorsqu’elle est retourné contre nous. La parade de Corneliu est donc un exemple à suivre. Avec l’arrogance en moins. Pointa-t-il en posant un regard noir sur le blond. La leçon est finit pour aujourd’hui. Déguerpissez. »
Le chevalier était légèrement tendu. Il n’aimait pas que le Voïvode assiste à ses entrainements. Bien que celui-ci l’en abreuve de compliment par la suite. Et bien qu’il devait reconnaitre que son fils avait du talent, l’encenser en sa présence – même si c’était justifié – ne faisait que créer de la discorde dans les rangs. Et ça, il ne le tolérait pas. Ecoutant brièvement les paroles de son suzerain, Silviu se serait bien éclipsé, mais son royal interlocuteur lui fit comprendre que, pour l’heure, sa place se trouvait aux côtés du prince. Les deux blonds échangèrent un regard discret. Corneliu détestait se retrouvait en présence de son géniteur, et bien qu’il tentait à la cacher, cela suintait trop de son comportement forcé.
- « Mon fils, j’ai eu vent de tes exploits. Commença Vincent d’un ton royal, comme si sa progéniture avait déjà accompli des prouesses dignes d’un héros. Et comme je te l’avais promptement promis, tes efforts seront être récompensés. »
A ces mots, il fit signe à son écuyer d’approcher d’un geste de la main. Celui-ci s’avança d’un pas peu assuré, toujours pas à sa place après sept ans passé au service du Voïvode. Pensa le blond avec amertume. Dans ses mains, paumes ouvertes, il portait une épée de facture sublime, reposant sur une somptueuse soie rouge sang. Le prince demeurait quelque instant muet de tout commentaire, le regard hypnotisé par les quillons, dont le métal moirait le soleil. La garde était une tête de dragon – comme ainsi signifiait leur nom - taillé finement dans un marbre noir, se mariant avec le cuir en chèvre velours d’un gris anthracite. Son père lui assura qu’il pouvait la toucher aussi bien avec les mains qu’avec les yeux, mais sur le moment, le garçon n’osait le moins du monde. Finissant par s’arracher à sa contemplation, il la prit pour la sortir de son fourreau. D’abord délicatement, comme une amante, puis sèchement, pareille à une princesse guerrière réclamant le sang de ses ennemis. La lame avait le chant de Negru Noapte ou de Luna. Un chant qui vous enivre et vous murmure la mort à l’oreille. Un chant de sirènes. Elle se trouva être aussi blanche que celle de Ser Valkil, mais alors que la sienne s’approchait vraiment de l’astre lunaire, celle-ci possédait plutôt la pureté de la neige. Cette épée était magnifique et à l’image de son maitre. Pure de l’extérieur mais à l’âme noire et démoniaque de l’intérieur. Elle était parfaite. « Te convient-elle ? » S’empressa d’interroger Vincent face au silence qui le pesait. Et pour la première fois, le regard pétillant que Corneliu lui offrit était sincère :
- « Elle est parfaite père, je vous en remercie du fond de l’âme.
- L’as-tu nommée ? »
S’enquit-il avec empressement, mais non fier de la gratitude de sa progéniture.
Le garçon alla ouvrir la bouche, quand son maitre d’arme attrapa le tranchant, entre ses doigts ganté, pour examiner la chose de plus près. « Certains guerriers mettent des années avant de nommer celle qui, par mainte fois, leur sauve la vie. Il faut lui laisser le temps. Dit-il avec une légère moue. Néanmoins, celle-ci est parfaite, et je ne peux m’empêcher d’y reconnaitre la patte du grand maitre qui a forgé Negru Noapte, Luna et bien d’autre. Vous avez ma bénédiction en ma qualité de maitre d’arme et instructeur de votre fils, votre grâce… Dit-il d’un ton solennel en opinant du chef. Mais je t’en conjure, pas à l’entrainement. » Se pressa-t-il d’ajouter à l’oreille de son élève à la dérobé. Une chose qu’il lui promit du regard, du moins, il l’espérait.
L’attroupement royal finit par se dissiper, Corneliu prétextant quelques affaires urgentes auprès de mère pour se dérober à la compagnie du seigneur des lieux. Il ne s’en tira pas moins sans quelques consignes de l’homme. En réalité, il souhaitait tester sa nouvelle amie. Se familiariser avec ses formes, son allonge, son équilibre… Cependant, ce fut sans compter sur l’ardeur de ses « amis », bien décidé à se venger.

A la maladrerie, le garçon se tortillait comme un diable, invectivant ses assaillants soigneusement placé à l’autre bout de la pièce. Ceux-ci se trouvaient un peu plus mal en point que lui. Il fallait dire qu’il ne s’était pas laissé faire. Quasiment toute la promotion – du moins ceux qu’il avait envoyés au tapis durant l’entrainement – lui était tombés dessus sans crier gare. Semblerait-il qu’ils n’avaient pas digéré de mordre la poussière. Néanmoins, le blond s’était bien défendu. Frappant vaille que vaille à qui mieux mieux, il se serait cru sur un champ de bataille, et bien qu’il en récolta un magnifique œil au beurre noir qui la soigneuse peinait à lui penser, ainsi qu’une côte fêlé, les autres ne s’en tiraient pas à meilleur compte. Pour ce qui était de sa nouvelle acquisition, elle n’avait pas quitté son fourreau une seule seconde. Là-dessus, il ne voulait pas décevoir son maitre qui le lui répétait souvent : « Ne jamais utiliser sa lame contre ses frères. Même si on ne les aime pas. ». Agacé par son accès d’humeur, l’infirmière le plaqua d’un coup contre le lit, lui lança un regard aussi noir que son œil. « Maintenant calmez-vous, ou je vous sangle à ce lit jusqu’à ce que votre côte soit remise ! » Lança-t-elle d’une menace qui fut accueilli par un sourire amusé.

Le jeune prince ne fut pas attaché à la couche, mais prestement escorté par la suite à la bibliothèque, où quelque ouvrage calmerait ses humeurs. Et quels ouvrages ? Se plonger dans celui que Vincent lui avait commandé ne l’enchantait guère, mais… peut être que cela pourrait le passionner.
Et cela le passionna… au bout du troisième chapitre. En plein milieu des formations de cavalerie, il n’entendit pas la personne qui rentra juste derrière lui. Pourtant, ce pas léger et ce parfum épicé lui était familier en tout point. Seulement, s’il laissait vagabonder son esprit, jamais il ne réussirait à finir ce maudit livre.
Vile créature empreinte au vice, Ruxandra s’approcha de son fils et fit valoir sa présence par une étreinte maternelle autour de ses épaules. Corneliu sursauta en sentant cette peau froide contre la sienne ainsi que cette poitrine dans son dos. Avec des gestes lents, elle fit apparaitre une main fine et blanche dans son champ de vision, qui disparut sous la couverture du livre. L’adolescent n’osait piper mot. Il ne savait que trop bien que sa mère aimait ses hommes silencieux, surtout lorsqu’il ne s’imposait pas de parler. Son doigt remonta le long du vieux cuir, faisant basculer mollement la couverture, qu’elle finit par refermer d’un coup sec. Redressant le dos sous l’effet du bruit, dans un second sursaut, il n’avait eu que le temps de retirer sa main posée sur les pages du bouquin. « Grade de commandement et formation militaire en campagne… ». Ainsi s’intitulait le volume qu’elle commenta d’un ton léger.
- « Où sont donc tes vieux bouquins parcheminés, embaumant le vieux et la poussière, sur le traités de stratégie ?
- Père m’a demandé de le « consulter ». Un livre de plus ou de moins, cela pourrait bien me servir.
Se justifia-t-il d’un ton légèrement boudeur.
Basculant la tête en arrière, déployant sa gorge, la jeune femme accueillit sa réponse d’un rire clair qui lui donna mal aux côtes. Calmant ce moment d’égarement, elle s’appuya un peu plus contre lui, passant ses bras autour de son cou.
- « Tu sais mon fils, celui que tu te répugne à appeler père a un réel mauvais fond. Pour ça, il faut que je te raconte une histoire. Il y a quelques années, alors qu’il faisait quelques affaires dans un village voisin, une pauvre âme… Que dis-je, se coupa-t-elle en lâchant un rire, une pauvre idiote, tenta de le délester de ses biens. Vincent aurait pu se contenter de la tuer pour l’exemple, ou pire peut être, de lui couper la main. Mais il n’en fit rien. Au lieu de ça, il la ramené ici pour en faire sa chose. Son jouet… Une arme personnelle enfermée à double tour dans son bureau, sans ne jamais voir personne d’autre que ceux qu’il lui est ordonné de supprimer.
Le garçon se dandina légèrement sur sa chaise. Il ne savait pas quoi penser. Et quel rapport cela pouvait-il bien avoir avec lui. Ouvrant la bouche pour protester, il fut coupé dans son élan par un doigt posé sur ses lèvres fendues. Cette main, intimant au silence, alla ensuite se poser, aussi légère qu’une plume, sur la couverture du livre, et le garçon comprit où elle voulait en venir.
Il est très jouissif de se battre pour accéder au pouvoir. Cependant, le plaisir est encore plus grand lorsque l’on le sent chaud, et palpitant entre ses mains. Dit-elle avec une passion qui donnait plus d’impact à ses propos. Avoir un fils, afin d’assurer sa descendance, est important pour un voïvode, elle l’est énormément pour Vincent. Mais conserver le pouvoir l’est encore plus. Il te destine à l’ombre, à son ombre. Sans cesse malmené par des gamins trop jaloux. Toi, le prince de Transylvanie. Marquant un temps de pose, elle recula son visage pour frôler l’oreille de son fils, sentant son souffle chaud sur sa peau le faire frissonner et lui murmura doucement : Qui sait ce qu’il lui fait, lorsqu’il se trouve retiré avec elle, dans la solitude de ce bureau sombre. La pauvrette a-t-elle toujours sa fleur ? Et qui sait jusqu’où pourrait aller son vice ? »
Corneliu sentit son visage se décomposer. Il ignorait si sa mère venait là de lui faire une confidence, ou de lui faire part de ses inquiétudes. Mais, en cet instant, une seule pensée lui vient à l’esprit : ses sœurs. Lui déposant un baiser sur la joue, Ruxandra se redressa de toute sa hauteur et resta quelque instant immobile, toisant sa marionnette du haut de son port de reine. Relâchant ses épaules, elle finit par s’éloigner. Cependant, une question lui revient en mémoire, l’arrêtant sur le seuil. Une main posée sur la porte, elle se retourna à demi vers son interlocuteur. Assez pour le voir. «Au faite, lui as-tu trouvé un nom, à ta nouvelle amie ? ». Il demeura silencieux, perdu dans la contemplation de l’ouvrage resté devant lui, avant de se reprendre en le repoussant du plat de la main. Braquant ses obsidiennes au-delà de la fenêtre en face de lui, il répondit d’un ton déterminé :
- « Cel car învige. »
Les lèvres rouges de Ruxandra dessinèrent un sourire satisfait sur la pâleur de son visage alors qu’elle quittait la bibliothèque. Les dernières pièces de l’échiquier se mettaient enfin en place. A présent, la roue du destin qu’elle avait enclenchée, au premier signe de vie de son fils, ne pouvait être arrêtée.

***

Observant son reflet dans ce miroir brisé, qu’il avait refusé qu’on lui change, Corneliu s’occupait de ficelé en un chignon sa longue chevelure qui lui serait gênante. Une action qui ne manquait pas de lui arracher quelques grimaces sous la douleur de sa côte. Il n’avait rien voulu que l’on transmette à Vincent. En sa qualité de futur voïvode, il préférait régler ses contentieux par lui-même. Comme il l’avait toujours fait. Recevoir quelques coups ne lui faisait guère peur, tant qu’il pouvait en tirer un certain profit. Or, ce profit là il ne pouvait se permettre de le laisser s’échapper. Baissant les bras avec lenteur, il porta une main à son flanc pour vérifier que les bandages se trouvaient toujours là. Ils ne lui seraient pas d’un grand secours pour cette chevauchée, mais c’était toujours ça. Ajustant convenablement sa tenue, il se retourna vers la porte quand celle-ci s’ouvrit : « Mon seigneur, votre père et la cour vous attendent. » Lui signala poliment l’écuyer dont la tête était apparue dans l’embrasure. L’adolescent lui fit signe qu’il arrivait. Juste le temps de s’armer. Aujourd’hui était un grand jour, chaque fois prisé par les nobles : celui de la chasse. Mais, CE jour serait un jour particulier dont tout le monde saurait se souvenir, et ce, pour longtemps.
Monter Aldebaran fut une entreprise pénible, néanmoins, quel que soit son état, c’était toujours un plaisir de se retrouver sur le destrier de son enfance. On pouvait sentir toute la nervosité dont était empreint les chevaux, tandis que chien et maitre trépignaient d’impatience. Les hommes en grande conversation entre eux, s’arrêtaient quelques instant pour étreindre leur femme, toujours inquiète que leur mari ne revienne blessé. Ruxandra se trouvait parmi elle, déposant un baiser sur les lèvres de son époux avant de se diriger vers son fils. Ce n’était pas la première fois qu’il partait avec son père, mais avec ses blessures elle voulait s’assuré qu’il fasse bien attention. Une fois qu’elles se furent retirées, le cortège se mit à avancer bon train vers les bois. Corneliu préféra faire cavalier seul, serrant les dents à chaque secousse un peu forte, jusqu’à ce que Vincent se décide à le rejoindre, les autres s’écartant sur son passage et celui de sa garde personnelle. Celui-ci tenta d’engager la conversation, mais le prince afficha sa tête des mauvais jours, signalant qu’il ne souhaitait pas commenter les questions qu’il lui posait. S’agissant, encore, de son œil noir.
- « Et à présent, l’as-tu nommé ? Revint-il à la charge comme un gamin impatient, brisant le silence qui s’était instauré entre eux.
- Cel car învige. Répondit-il simplement, le regard fixé sur le paysage.
- Celle qui vaincra… murmura l’homme, n’est-ce pas un peu prétentieux ? » Ajouta-t-il en rehaussant le ton.
Or, sans lui laissé le temps de rétorquer quoi que ce fut, il talonna sa monture en lui lança qu’il partait devant, son sillage suivit par le regard assassin du prince.
Un peu plus profond dans le bois, la battu commença enfin, animant les environs de l’aboiement des chiens, et du son de leur clochette, d’envol d’oiseau ainsi que de la course des premiers gibiers qu’ils dérangeaient. A l’affut du moindre geste, les cavaliers attendaient patiemment de pouvoir s’élancer à tout vent à travers la forêt aux trousses de la levée. Et Corneliu l’était plus particulièrement. Connaissant les préférences de Vincent, il attendait la moindre opportunité de pouvoir s’éloigner du groupe. Autant de personne gâcherait leur plaisir. Aldebaran se trouvant aussi impatient que son maitre, trépignant d’un pied sur l’autre. Il le sentait que son cavalier allait lui ordonner de partir à tout instant, et c’est bien ce qu’il attendait. Malgré son âge, il possédait toujours la fougue de la jeunesse. L’adolescent sentit également que l’homme ne le quittait pas des yeux. Cela en serait d’autant plus facile... Les aboiements commençaient à se faire plus proche, tout comme les bruits de fuites. Soudain, ce fut le gibier désiré qui se présenta au blond. Du moins, qui leur fondit dessus. Sautant de derrière les fourrés, le sanglier se jeta à corps perdu entre les pates de l’arabe, sans doute dans l’espoir qu’effrayé la monture mettrait hors course le cavalier. Ce fut sans compter sur le sang-froid sans égal de la bête. L’animal était énorme, ses poils hirsutes d’un noir de gaie, dont une liste blanche ornait le front. Bien que sa stature soit très imposante, le cheval blanc ne se démonta pas. Se cabrant d’un coup à sa vue, il lança ses sabots en avant, dont un frappa la bestiole, brisant sa charge. Sonné, il glapit et partit à l’opposé du groupe. Le prince n’eut besoin que d’une pression des talons pour qu’il s’élance à sa suite, criant « PERE ! » pour que celui-ci le suive.

Aldebaran et Antarès étaient nés jumeaux d’une semence dument sélectionné avec soin, en vue d’offrir les meilleurs bêtes au Voïvode ainsi qu’à son fils. La gémellité était chose peu courante, mais celle-ci conférait un lien inexplicable entre les deux étalons. L’un ne pouvait aller sans l’autre et lorsqu’ils se trouvaient ensemble, il ne faisait qu’un. Alors, si Aldebaran sans allait courir les bois, Antarès suivrait automatiquement, et inversement. C’était indéniable. Lâché à pleine vitesse ces deux-là étaient plus rapide que les autres. Bien trop rapide pour les demis lourds de la garde personnelle, chargé de leur armure règlementaire. Bientôt, Corneliu n’étendit plus que le son des sabots du frère. Bien plus, loin, il sauta sous le couvert des taillis, dans la direction que la cible avait emprunté, et mit pied à terre en se laissant couler de la selle. Flattant l’encolure empreinte de sueur de son destrier, et se tenant le côté qui le lança d’une vive douleur, il attendit que Vincent le rejoigne, ce qui ne tarda pas. Sautant au sol, l’homme s’approcha de son fils et regarda dans la même direction que lui, à l’affut de la bête.
- « Alors où est-il ? S’enquit-il à voix basse, en n’oubliant pas de préciser que sa garde n’apprécierait guère leur éloignement.
Et de toute façon, il ne tarderait pas, ce qui ne lui laissait pas beaucoup de temps. Se redressant d’un coup, il se tourna vers son père, lui révélant une nouvelle ecchymose sur la joue, qui n’était autre que la marque d’une branche, qu’il venait de rencontrer d’un peu trop près, de façon délibéré, durant sa course.
- Je crains que nous ayons sous-estimé la bête, dit-il d’un ton grave, elle était bien trop forte pour nous.
- Pourquoi dis-tu cela ? Nous ne l’avons encore débusqué. S’inquiéta le chasseur en décrivant un mouvement de recul.
- Mais… les lèvres du garçon dessinèrent un sourire inquiétant sur sa peau pâle, parce qu’il vous a tué. »
Sans lui laisser la moindre chance de réagir, il s’avança vers lui, posa une main sur son épaule et le frappa de toute sa force dans l’estomac avec son poignard de fortune. Une défense de sanglier montée sur un manche en bois, qu’il avait récupéré sur une tête au pourrissoir de la cuisine. Le gémissement qu’échappa sa victime le fit presque rire, alors qu’il sentait le sang chaud couler sur ses doigts. D’un coup sec, il ôta l’arme en oblique, avant de la jeter derrière un taillis. Le liquide sortit avec abondance, imprégnant ses vêtements ainsi que les feuilles mortes. Lentement, ses forces le quittaient et Corneliu le laissa tomber à genoux sur le sol. Se forçant à faire couler quelques larmes, il poussa le vice jusqu’à le prendre dans ses bras, l’immobilisant pour ne pas qu’il se retourne contre lui. Les lèvres de Vincent s’ouvrirent péniblement, ses yeux fixés sur ce masque de tragédie qui s’offrait à lui. « Pourquoi ? ». Une question qui fut accueilli par un rire sarcastique.
- « Je n’attendrais pas de vivre dans votre ombre une petite vie bien rangé de soldat, alors que ma place n’y est pas. Mais je suis tellement désolé de n’avoir pu vous sauver la vie de ce sanglier. Sa charge puissante m’a brisé les côtes. Dit-il d’une voix faussement tragique, avant de l’attiré un peu plus vers lui pour lui murmurer : Oh et, encore une chose, je ne suis pas votre fils ! » Acheva-t-il en prenant grand soin de détacher chaque mot.
L’expression qu’il vit alors sur son visage en était des plus jouissives. Rien que pour cela, il n’aurait jamais demandé à quiconque de prendre sa vie pour lui. Et pour qu’elle s’échappe plus vite, il plaqua une main sur son nez et sa bouche. Si les gardes arrivaient, il ne pouvait se permettre de lui laisser un seul souffle de vie. Or, ce ne fut sans compter sur le chien de Vincent. Cet homme qui, comme un fantôme, arrivait toujours à le trouver plus vite que les autres pour lui venir en aide. C’est à lui qu’appartenait cette main puissante qui l’arracha de sa victime avant qu’il ne puisse l’étouffer. Le blond pouvait voir à son regard qu’il avait tout entendu et que s’il ne le faisait pas, lui n’aurait aucun scrupule à le tuer. Et si Vincent venait à survivre, qui sait ce qu’il pourrait advenir de sa mère et de ses sœurs ? Comme si cela ne suffisait pas, dans l’écho de la forêt, il pouvait entendre une cavalcade lointaine.
Dès la seconde où il l’écarta du voïvode, tout se bouscula dans sa tête, il n’avait pas le temps de réfléchir plus longtemps. Dégainant Cel car învige, le gamin se redressa du coup, et lança une estoque puissante contre son adversaire. Seulement, le soldat était un combattant aguerri, tandis que son piètre opposant ne se trouvait être que le meilleur de sa promotion. La balance était sûre de pencher en faveur du chien. Sortant sa lourde flamberge, il n’eut aucun mal à paré l’assaut. Puis, remarquant une faiblesse au flanc, il profita de l’ouverture pour lui décocher un coup de pied déstabilisant. Corneliu n’avait pas eu le temps de réagir. Le guerrier était bien trop rapide et la douleur qui l’assaillit bien trop vivace. Il avait pu sentir sa côte fragilisé se briser, lui arrachant un grognement étouffé. Mais alors qu’il crut être hors de sa portée, un troisième assaut vient l’accueillir à la suite du coup du pied, profitant qu’il lui ait fait perdre l’équilibre. Le tranché fut impardonnable. La pointe du fer mordit sa chair, lui entaillant le visage de l’œil gauche à la joue droite. Le blond cru bien l’avoir perdu tellement le mal fut violent. Borgne et aveuglé par les projections de sang, l’adolescent pensa qu’il ne s’en sortirait pas. Cependant, ce fut sans compter sur l’intervention des jumeaux. Affolés par la violence des évènements, livrés à eux même, ils commencèrent à se cabrer en hennissant tous yeux dehors. Antarès finit par bousculer son frère pour pouvoir s’enfuir. Apeuré par « une attaque » qu’il n’avait pas vue, pensant certainement à une agression venant de l’homme de fer, il envoya une violente ruade avant de s’enfuir à son tour. Le soldat se prit les sabots du cheval de plein fouet entre les omoplates, le projetant contre Corneliu, qui le reçu de son épée levée. La lame blanche transperça sa gorge de part en part, tandis que la flamberge manqua bien l’éventrer.

Lorsque le reste de la garde arriva sur place, après avoir calmé les chevaux qu’ils avaient rattrapés, le spectacle qui s’offrit à eux fut des plus funestes. Le voïvode se trouvait étendu par terre, gisant sans vie dans une mare de sang. Un peu plus loin, son héritier, respirant comme un poisson hors de l’eau, se dépêtrait du cadavre d’un soldat. Son visage ne semblait plus reconnaissable sous cette couche de sang, dont les larmes creusaient des sillons dans ce rouge macabre.
- « Il nous a pris par surprise. Hoqueta le prince entre deux secousse de douleur. Mon père lui faisait confiance, et il l’a tué au nom des révolutionnaires. Je n’ai même pas put le défendre convenablement pour lui sauver la vie. » Se plaigna-t-il.
Les hommes restèrent quelque instant pantois. Ils n’en revenaient pas que Yasen puisse être un traitre. Seulement les tâches de sang sur son armure et son gant correspondaient à la blessure infligée au voïvode. Et pourquoi aurait-il tenté de tuer son fils sinon ? Ils devaient se rendre à l’évidence. L’homme voulait faire passer ça pour un accident de chasse et n’avait pas prévu que le fils se défendrait jusqu’au bout pour sauver son père.
Ainsi s’acheva la vie de Vincent Dracul, Voïvode de Transylvanie, froidement assassiné par un homme à son service depuis vingt ans, au nom de la révolution.


Lorsque l’on lui permit de sortir de l’infirmerie, bien deux semaines après les faits, Corneliu apprit que l’enquête qu’avait menée les soldats n’avait guère aboutit. En effet, ils avaient réussi à retrouver la défense de sanglier, qui avait servie à poignarder le voïvode, à l’endroit où son assassin s’en était débarrassé. De plus, en cherchant du côté de sa famille, tout ce qu’ils trouvèrent fut le cadavre de sa mère, pourrissant dans la ferme de son enfance. Après avoir incendié le lieu, ils ne purent qu’en conclure que Yasen n’avait plus rien à perdre, mis à part sa vie, pour s’enrôler dans une milice révolutionnaire. Mais ils se trouvaient encore en nombre restreint, donc extrêmement difficile à localiser. Cependant, un attentat de cette ampleur contre le chef d’état ainsi que de son successeur n’allait pas rester impuni. Pour les Draculs, la chasse aux sorcières contre les rebelles fut lancée, à l’instar du peuple qui allait encore en souffrir. Mais qu’importe. Cette menace se devait d’être éradiquée.

La nouvelle de la mort de Vincent Dracul avait fait rapidement le tour de la Roumanie. Une nouvelle qui avait dû faire sourire certain et attrister d’autre. Une tristesse aucunement partagé par Ruxandra et son fils. Masque de comédie dans un théâtre de brume, ils n’avaient rien laissé paraitre, consolant la peine des deux filles. Pendant les obsèques, Corneliu n’avait pas lâché le visage du défunt, son œil le fixant d’un air mauvais. Trouvait-il encore que le nom de son épée fut prétentieux ? Elle qui l’avait hissé au rang de Voïvode.
Une fois les funérailles passées, pour la première fois en dix-sept ans, l’adolescent eut enfin accès à ce bureau dont il avait toujours observé les portes closes, tentant d’imaginer ce qu’il se trouvait au-delà. Et il s’en trouvait des choses. Information crucial sur le pays, sur le Sfat, les éminences grises, des stratégies militaires… Mais parmi tous ces ouvrages, se trouvait quelque chose de bel et bien vivant, et qui avait une langue pour parler. Son unique œil se posa sur cette gamine qui le regardait comme une poule aillant trouvé un couteau. Quel genre d’idiotie avait bien put passer par la tête de cet imbécile de Vincent pour la garder enfermée dans l’endroit le plus important de la demeure et de la Transylvanie ? Ses premières directives en tant que nouveau chef du pays fut de l’éloigner du bureau et de la jeter au cachot. Plus tard, il lui ferait couper la langue. Une pouilleuse de son espèce ne pouvait être qu’illettré, mais ne sachant où il avait bien put la ramasser, mieux valait prévenir que guérir.
Hélas, par des moyens qu’il ignorait, la diablesse parvint à s’échapper avant que le bourreau n’est pu lui faire passer l’envie de parler.

Peu à peu, la famille commença à faire à son deuil, bien que Violeta sembla vouloir le faire d’une façon qui l’étonna, car un jour où il se trouvait à l’étude, celle-ci vint le voir pour qu’il lui apprenne à se battre. Corneliu avait ri comme s’il s’agissait d’une farce. Elle qu’il disait être un coquelicot au milieu des roses, commençait-elle à prendre des épines ? Seulement cette demande n’avait rien d’une mauvaise blague. Sans doute cet attentat lui avait procuré l’envie de ne plus être une demoiselle en détresse.
L’année suivante, comme si le destin avait voulu finir d’effacer tout ce qui avait pu lui appartenir, Antarès fut pris de maladie et aucun remède n’y put rien pour guérir son mal. Et comme l’un n’allait pas sans l’autre, malgré les bons soins apporté par son maitre, Aldebaran se laissa dépérir. Triste fin pour ces splendides bêtes qui avaient survécus au feu de la guerre.
A l’aube de son vingtième anniversaire, Ruxandra lui fit parvenir un cadeau qui serait occuper ses prochaines années. Un poulain noir comme la nuit dont la fougue de ses jeunes jours n’avait rien à envier à la fierté de ses parents. Beauté splendide qu’étaient ces deux frisons que montaient les deux meilleurs éleveurs de chevaux du pays. Ainsi, à l’image de Cel car învige, Mandru de, tel fut son nom, serait le nouvel instrument de ses victoires.

Et quelles victoires ? Aucunes ne semblaient satisfaire son orgueil, alors qu’en neuf ans, il n’avait pas réussi à éradiquer la vermine qui rongeait le cœur même de son pays. Bien qu’il n’ait oublié ni le nom ni le visage de cette gamine qui, semblerait-il, serait passé chef des révolutionnaires. Un jour, oui un prochain jour, il se jura d’exposer sa tête au bout d’une pique, afin d’effacer la dernière erreur de son prédécesseur.




*****
[Mandru De = Le Fier
Cel car învige = Celle qui vaincra
Le Sfat = le Conseil
Ca care încălcat mincat tău sânge = Celle qui dévore ton sang
Negru Noapte = Noire Nuit]



♦Vous♦


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Corneliu Dracul

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MessageSujet: Re: Corneliu Dracul    Ven 27 Juil - 8:31

Et voila ! Terminé !

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MessageSujet: Re: Corneliu Dracul    

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Corneliu Dracul

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